Pour sentir une rose...

Extrait du "Colloque du Centenaire de la Roseraie du Val-De-Marne" - (1994)

"Lorsqu’on s’adresse à des scientifiques, à des techniciens, des professionnels de la parfumerie, pour eux les choses sont claires. Malheureusement, peut-être par peur de banaliser leurs sujets, ils ne s’adressent guère au grand public ou peut-être encore ne veulent-ils pas partager leurs connaissances qui pourtant sont indispensables pour apprécier justement un parfum. Ces connaissances sont relativement simples. Tout le monde peut les comprendre dès lors que l’on sait vers quoi l’on va.

 

Une notion fondamentale : l’expression du parfum varie en intensité et en composition. Nous ne pouvons pas prétendre retrouver tout au long d’une journée avec une rose ce que j’appelle le même paysage olfactif Celui-ci va se modifier en fonction de l’état de la rose, bouton  , fleur ouverte, fleur entièrement fleurie, en fonction aussi des heures de la journée. La rose, comme tout organe vivant semble avoir une horloge interne avec des cycles internes différenciés, encore mal connus. Nous savons qu’une rose ne va pas exprimer son parfum de la même manière aux différentes heures de la journée en intensité, en structure.

 

Sentir est aussi une technique ; si vous ne savez pas sentir, vous ne pourrez pas profiter du parfum existant.

 


A la Roseraie, la variété   Guy de Maupasant, baptisée lors du centenaire de la Roseraie, exprime une originale senteur de pomme verte.

 

Prenons une rose et rappelons un certain nombre de faits :

- le parfum est constitué de molécules gazeuses qui vont de la rose vers votre nez. Ces molécules viennent des pétales, du pistil  , des sépales, de la rose en général,

- pour qu’elles se dégagent, plusieurs conditions particulières doivent être réunies :
- température optimale (18 à 22°)
- absence de courant d’air,
- inexistence d’odeurs parasites dues, par exemple, à la présence d’un fumeur ou d’une personne parfumée à vos côtés,
- sentir, de préférence, dans un environnement silencieux.

 

Un nez exercé a des possibilités extrêmes de sensibilité. Il est capable d’analyser, après quelques exercices, des notes olfactives très diverses, de les noter, de les distinguer dans leur ordre d’arrivée, car certaines arrivent très vite (quelques dixièmes de secondes), d’autres beaucoup plus lentement.

Tout ceci représente le côté positif L’aspect négatif est lié à la fragilité de votre organe. Si vous laissez votre nez plus de deux à trois secondes sur une fleur, vos cellules seront très vite saturées de telle sorte que vous ne sentez plus rien.

 

Sentir une rose, c’est comme sentir un vin. Il y a en quelque sorte, le premier nez, le second, peut être un troisième, puis plus rien.

Heureusement, vous pourrez revenir plus tard humer les senteurs de la rose.

 

Ceci explique que certaines roses aux intensités très fortes, à certains moments ou stades, ne sentent plus rien ou presque plus rien à d’autres. Si vous avez la malchance de promener votre nez à ces moments là, vous allez rejoindre la cohorte des gens qui disent que les roses ne sentent plus rien. Il faut prendre patience et revenir. Vous constaterez alors la présence d’un parfum mais aussi une évolution. C’est une invitation à venir vivre avec les roses, à les traiter avec un certain respect, une certaine considération pour un organisme vivant qui naît, qui grandit, qui va devenir adulte et qui va mourir.

 

En fonction de ces stades, de ces cycles et sous-cycles, les roses vont entrer en communication avec nous, avec des temps très forts."