1894-1994 : 100 ans !

Une bien jolie centenaire

1894 - 1994, c’est l’histoire d’une roseraie centenaire... Une centenaire tout aussi belle et fraîche qu’au jour de sa naissance !

 Cette année-là, le vénérable jardin avait revêtu ses plus beaux atours pour recevoir les hommages dus à son rang.
Un mois suffit à peine à dérouler le fil des initiatives qui s’y succédèrent :
 

- La fête débuta le jeudi 19 mai 1994. Le vernissage de l’exposition Mémoires de roses - la Roseraie de Jules Gravereaux 1894 - 1916 retraçant la genèse de la Roseraie et l’itinéraire de son fondateur se déroula aux accords des harpes et des hautbois d’une musique de la Renaissance, Doulce mémoire. Le catalogue de l’exposition édité à cette occasion est aujourd’hui encore à la disposition des visiteurs. Il fait toujours office d’ouvrage de référence sur l’histoire de la collection. C’était l’ouverture de la saison des visites. Place aux divertissements du centenaire !
 

- Et les fêtes s’égrenèrent en l’honneur de cette ancêtre de toutes les roseraies du monde : dans le parc, le 26 mai, concert de l’Association musicale du Val-de-Bièvre, puis le 29 mai, défilé de voitures anciennes du Lion’s Club, tacots tous aussi rutilants les uns que les autres, et le 2 juin, assemblée générale de l’Association des Journalistes de l’Horticulture (avec 250 participants).
 

- Le monde professionnel et scientifique de la rose se rassembla lors du Colloque du 3 juin. Les conférences et discussions sur « l’actualité scientifique du genre   rosa » dans les domaines de la biochimie, la génétique, la description variétale organisées par l’Association « Les Amis de la Roseraie du Val-de-Marne » rendirent tous les honneurs à ce conservatoire de roses anciennes unique en l’espèce  . Les médias, journaux, radios, télévisions françaises et étrangères couvrirent largement l’événement. Ces reportages eurent pour effet immédiat un afflux inhabituel de visiteurs dans le jardin.
 


- Après un week-end d’animations Visitez un jardin en France les 4 et 5 juin où les portes du site s’ouvrirent largement sur des ateliers de démonstration horticoles, des échanges de savoir-faire et la connaissance des collections avec des visités guidées, suivirent une aubade changement d’airs pour les vents et enfin, le 10 juin, l’assemblée des Ingénieurs des Villes de France spécialité « espaces verts ».


- La ville de l’Haÿ-Les-Roses s’était mise au diapason de ces célébrations et les l’Haÿssiens purent profiter pendant ce mois de juin de spectacles dans toute la ville : Adonis ou la naissance des roses, poème mythologique, Les rosiers de Zaala, conte persan, projections d’un mur d’images en nocturne à l’entrée de la Roseraie et une exposition La rose, rites, mystères et symboles. Simultanément, à l’Hôtel du Département était présentée une exposition du Fonds départemental d’Art contemporain regroupant toutes les lithographies annuelles de la Roseraie depuis 1983.
 


- Les fêtes du centenaire explosèrent en bouquet final le 19 juin. Ce jour-là, les roses luxueuses et sensuelles prêtaient la finesse de leurs courbes de velours et les subtiles nuances de leurs pétales à un cadre déjà fastueux. Ce fut une conférence d’André Eve sur les roses anciennes qui marqua en matinée le premier rendez-vous avec le grand public. Autre rencontre, une démonstration d’art floral, ou comment utiliser au mieux la grâce de la rose dans la composition d’un bouquet, suggestions prodiguées par les fleuristes d’Ile-de-France.
Michel Lis, le célèbre journaliste « Michel le Jardinier » de France Inter et Télématin était l’animateur de la journée. Il dispensait ses conseils et dédicaçait ses ouvrages. Il eut l’insigne honneur d’être l’heureux parrain de la nouvelle rose « Guy de Maupassant » au délicat parfum... de pomme verte. Cette rose (de couleur rose carmin pâle) créée par les Etablissements Meilland fut baptisée en grande pompe à l’instar des plus grandes stars sous une pluie de champagne, de pétales, et sous le crépitement des flashs des appareils photographiques. 
 
 

Au détour des allées, la féerie était omniprésente avec des scènes impromptues surprenant le promeneur. La compagnie KMK avait créé Rosa Folia spécialement pour le centenaire. Un spectacle bucolique et drôle, éclatant en multiples tableaux chargés d’histoires magiques, de sons, de gestes d’amour, doux délire et fervent hommage à la rose pour lequel vingt-cinq comédiens étaient en action.

Un public subjugué était tour à tour spectateur ou acteur de cette création :
- Le faune, statue en buste du jardin à la pierre vieillie recouverte de lichen : il s’animait soudain pour narrer tout son vécu au sein de la Roseraie depuis un siècle.

- Les naïades, blanches nymphes des fontaines : elles étaient étendues nonchalamment sur des bergères ou glissaient en dansant à la surface du miroir d’eau.
- La tondeuse volante : aux plus chaudes heures de la fête, elle fut la bienvenue, survolant le public en diffusant une fine brumisation dans les airs tandis que d’autres jardiniers fous juchés sur des échelles articulées et motorisées manipulaient des outils anachroniques ou musicaux.
- Les vestales, prêtresses plantureuses vêtues de velours pourpre : alanguies sur des divans de pierre, elles se hélaient ou s’invectivaient en prose sous les pergolas de roses.
- La robe à roses célèbre l’esprit de la fête qui habite les jardins depuis la renaissance italienne. Ce duo surréaliste, ode de la rose, était une gourmandise à déguster des yeux. Sur un air d’opéra, un jardinier pâtissier effeuillait les roses en pâte d’amande de la robe à crinoline pour les offrir à un public gourmand  .
- Et de la joie à chaque extrémité de la Roseraie. Ici, des troubadours chantaient la rose, là, des tuyaux d’arrosage s’animaient d’une vie intrinsèque pour alimenter des norias de calebasses musicales. 
 
 
Ainsi, abondance de surprises, cascade de rires, poésie des gestes concourraient à alimenter la séduction naturelle du lieu.
En une seule journée, 12 100 visiteurs se sont pressés à l’entrée pour venir admirer toute la beauté de cette digne aïeule bien entendu, mais aussi pour partager ces moments festifs. Par respect pour le conservatoire, un sens de circulation avait été improvisé, afin de gérer cette fréquentation soudaine avec l’ouverture d’une seconde porte pour la sortie des visiteurs. Aucun dégât ne fut à déplorer... 
 
 
En fin d’après-midi, un concert de Romain Didier, accompagné de Didier Rocques à l’accordéon et d’un orchestre de vingt instrumentistes à cordes, rassembla 700 auditeurs sur les pelouses du parc limitrophe. 
 
 
La journée se termina en apothéose avec la mise en lumière progressive des structures de rosiers. Tour à tour, dôme, arceaux, pergolas, pylônes s’illuminèrent. Au fond des yeux ébahis, un souvenir supplémentaire, une trace indélébile venait de s’imprimer.
Dans le crépuscule parfumé, un à un, comme à regret, les promeneurs quittèrent les lieux en souhaitant cette fois encore que ces fêtes soient perpétuées.
Sur le livre d’or où des centaines d’annotations émerveillées furent inscrites ce jour-là, on peut lire : « Cent ans consacrés aux roses, voilà du temps bien employé.. Rendez-vous en 2094 » (P. et M. de R.)
 
 
Le saviez-vous ? C’est à Geneviève Asse que l’on doit l’œuvre dont a été tirée l’affiche du centenaire. D‘après l’estampe originale, il a été réalise par l’atelier du Lys une centaine de pochoirs de « folioles » la rose bleue du centenaire.