Danse

La Roseraie et la danse

Qu’elle soit de création contemporaine ou d’inspiration traditionnelle.

Certains se souviennent d’une danse laotienne exécutée par des enfants en costume folklorique ou bien d’un bogad breton entraînant tous les spectateurs dans une farandole sous la pluie, ou encore d’un ballet aérien de trapèzes volants entre les arbres.

 

Danse laotienne

Démonstration de danse laotienne en juin 2004.

 

 

Décadrages

« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources : la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir… De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête ».
Georges Perec, Espèces d’espaces, Ed. Galilée, Paris, 1974.
… d’ où est né le désir de Lorraine Gomès, chaque fois renouvelé, d’inscrire la danse sur un nouveau territoire.

Après une formation de cinq années en danse classique et contemporaine au Centre International de Danse de Paris, Lorraine Gomès approfondit sa recherche auprès de Peter Goss, Karine Waener, Jacques Patarozzi, Matt Mattox et Jérôme Andrews. Puis elle s’oriente vers la chorégraphie et crée la Compagnie Décadrages tout en dirigeant des stages de création pour enseignants, danseurs et comédiens ainsi que des ateliers de sensibilisation.

Fondée en 1985, la Compagnie Décadrages intervient le plus souvent « hors les murs ».
Rencontre entre la chorégraphie et le site investi en tant que paysage scénographique : un monument, un musée, un jardin, un espace d’où émanent silence et résonance. La danse s’inscrit dans cet espace singulier, l’interroge et le perturbe pour créer un événement poétique où le lieu se réécrit.
La Compagnie a investi plusieurs fois le théâtre de verdure de la Roseraie.

Les réalisations en extérieur jouent de l’effet paradoxal entre la simplicité du propos et la sophistication des images, entre l’inattendu de la présence dansée et une certaine évidence à « habiter » l’endroit. Les pièces « Evocation - la confidence des buissons » et « Chroniques de jardin » en sont l’illustration.
En effet, « Chroniques de jardin » est une fantaisie chorégraphique et littéraire - avec d’étranges conseils de jardinage - qui a été conçue pour jardins : elle a été jouée en 2005 à la Roseraie à l’occasion du week-end « Rendez-vous au jardin ». 
Sur une proposition de Lorraine Gomès, trois danseurs, un comédien et un magicien font de cette pièce une rêverie chorégraphique insolite à l’esprit baroque qui évoque une nature menaçante ou légère et d’étranges rituels de jardinage.
Les textes des comédiens sont de R. Palladius, « Conseils de jardinage » (IV siècle ap.JC) et de E. Zola, « La faute de l’abbé Mouret ».

 

Extraits :

 

Emile Zola. La faute de l’Abbé Mouret.
Le jardin qui avait voulu la faute… Sensualité des odeurs, des lumières et des silences du jardin - délicatesse de l’amour -
« (...) C’était au centre, un arbre noyé d’une ombre si épaisse, qu’on ne pouvait en distinguer l’essence. Il semblait bon, puissant, fécond. De sa voûte verte, tombait toute la joie de la création : des odeurs de fleurs, des chants d’oiseaux, des gouttes de lumière, des réveils frais d’aurore, des tiédeurs endormies de crépuscule. Sa sève avait une telle force, qu’elle coulait de son écorce ; elle le baignait d’une buée de fécondation ; elle faisait de lui la virilité même de la terre…
Dès que l’arbre les eut pris sous la douceur de ses branches, ils se sentirent guéris de l’anxiété intolérable dont ils avaient soufferts. Ils n’éprouvaient plus cette peur qui les faisait se fuir, ces luttes chaudes, désespérées, dans lesquelles ils se meurtrissaient (...) ».

 

Palladius. Recettes pour protéger le jardin : « Dureté de la nature ».
« (…) Contre la grêle, on signale maint procédé : recouvrir une meule d’une toile rouge ; dresser contre le ciel, de façon menaçante, des haches ensanglantées ; entourer tout le jardin de bryone ; crucifier une chouette les ailes étendues ; enduire de suif d’ours les instruments avec lesquels on doit travailler… Contre les mulots, Apulée recommande de faire macérer les graines, avant semence, dans du fiel de bœuf. Il y a des gens qui bouchent leurs trous avec des pétales de laurier-rose : cette rose les a fait mourir lorsqu’ils essaient de sortir… Il paraît que l’on peut se garantir de la grêle, si on fait le tour de sa propriété en portant une peau de crocodile, d’hyène ou de veau marin, et si on la suspend à l’entrée de la ferme ou de la cour lorsqu’on voit que le fléau est imminent (…) ».